Vous êtes sur la plus grande île des petites Antilles et vous voulez visiter la plus grande des grandes… De Guadeloupe à Cuba il y a un millier de miles nautiques, un peu plus d’une semaine de navigation à laquelle on peut ajouter juste une ou deux nuits au mouillage pour se reposer tranquillement mais pas plus parce que vous avez hâte d’y arriver, hâte de découvrir une île mythique, celle d’une résistance contemporaine.
On commence par sortir de la marina de Point-à-Pitre en fin de journée et mouiller juste au sud de l’ile – protégé du vent et la houle par un petit ilet – pour être fin prêt à partir le lendemain.










Pour aller à Santiago de Cuba on avait le choix entre une route nord passant au nord de Puerto Rico, la Republique Domainicaine et Haiti ou une route sud passant par la Jamaique. Les distances étaient sensiblement similaires mais le vent et les possibilités de se reposer (ou se protéger) plus équilibrées au nord (la Jamaïque étant à 6 jours de mer). On a donc choisi le nord et fait route en profitant de vents favorables, puis cap au nord-ouest après le passage de l’ile de Saint Croix



Après un peu plus de deux jours en mer, notre premier arrêt était dans la baie de Taramindo Grande à la pointe nord-ouest de l’île de Culebra, juste à l’est de Porto Rico. Une ile restée Etat-Unisienne comme son grand voisin après avoir été prise à l’Espagne fin XIXe.
Une baie très belle avec tortues, raies, quelques coraux et plantes interessants près des plages avec aussi des poissons de toutes les couleurs … et des baracuda.
J’ai horreur des baracuda.
Les voyages – particulièrement en bateau – sont autant un parcours dans l’espace qu’une traversée de temps qui se superposent et – surtout – une navigation parmi les croyances et les imaginaires, les peurs et les émerveillements où peuvent surgir des sentiments et sensations les plus inattendus.
Je trouve que les baracuda ont un sale gueule. Ça reste suspendu dans l’eau à te regarder avec un oeil mauvais puis, plus ou moins vite, ça bouge et ça se remet à te regarder avec sa sale gueule.
A y réfléchir je crois vraiment que j’aime mieux les requins, au moins ils ont une certaine elegence et les choses sont claires.
Gamin déjà, je n’aimais pas les baracuda et ça m’est resté alors que les épinards et Balzac maintenant je les aime bien.
Pendant ce voyage il y a eu plusieurs moments comme ça, même pleins. Tout le monde ne voyage pas de la même façon. Chez certains ce sont les croyances – sous la forme de certitudes – qui dominent, la narration prend le dessus, c’est le spectacle; c’est même le mode le plus répandu de notre temps.
L’ile de Culebra a été utilisée par l’armée américaine pendant le XXe siècle comme terrain d’exercice jusqu’aux années 70. Des panneaux à l’entrée de sentiers l’indiquent en prévenant de ne pas en sortir et de faire attention aux éventuelles munitions… J’ai marché un peu sur un de ces sentiers. J’ai eu le sentiment très net d’être aux Etats-Unis, un sentiment d’enfance, une sensation du passé, des années 70…
Arrivée lundi après-midi, baignade… repartie mardi en fin de matinée, direction la baie de Samara dans la République Domainicaine. On nous avait dit que nous pourrions y voir des balaines (qu’il n’y aura pas en fin de compte, les moments pour les voir étant en février-mars) mais ce ne sera pas notre seule raison de s’y arreter car nous avons découvert un gros problème dans la tringlerie du gouvernail babord qui devait absolument être réparé.


La marina de Samara est – on l’a découvert sur place – une communauté fermée (gated community) y compris avec gardes armés lourdement, une zone artificielle où les bateaux servent en fait de décor. La fonction de marina y est donc celle d’une fiction comme la petite procession religieuse le samedi matin ce qui n’empêche pas les personnes sur place – employés du complexe comme autorités sur place – de nous être de la plus grande aide car non seulement nous avions une réparation importante à faire mais – pour corser l’affaire – nous nous sommes amarrés au ponton le jeudi matin juste avant le vendredi et week-end de Paques.




Finalement nous avons étés mis en relation avec une personne pouvant faire la réparation le samedi matin dans son atelier proche de la ville à côté, Santa Barbara de Samara.




L’état de «l’atelier» était inversement proportionnel à la compétence de la personne : la fourniture du matériel, la qualité de la soudure et la dextérité en tout ont fait que nous avons pu repartir le samedi après-midi de façon inesperée sinon notre arret aurait pu etre bien plus long.
Des fois on a de la chance.
Le trajet jusqu’à Culebra, 290 miles nautiques; ensuite Samana 241; il nous restera encore 434 pour arriver à Santiago de Cuba. On les avalera dans un temps record, on est pressé et le vent s’y prete, dans 63:30 nous serons à Cuba.
Oui, décidément, des fois on a vraiment de la chance.



On vogue au sens propre comme au sens figuré.
Toujours très intéressant! On apprend plein de choses.
Les photos magnifiques…il faut dire que le sujet s’y prête!